Cabine en banane-feuilles
C'est l'histoire d'une menuisière. C'est à dire une nana qui fait de la menuiserie.
Qu'elle rabote ou qu'elle toupille, jamais ne s'éparpille, jamais ne papote. Quand elle corroie, c'est pas juste la foi, quand elle dégauchit elle a le juste milieu, et puis elle tenonne en entonnant et mortaise sans foutaise! Enfin elle assemble, assemble et assemble encore.
Au fond, elle le sait, elle l'admet. Elle voudrait construire une cabane. Une cabane cabine. Dans sa tête l'idée se déroule comme une bobine, une bobine cabane cabine, fil, feuilles, tiges, banane-feuilles, badiane-tiges, comme si au poème de Man Ray jouxtait un poème Woman Marie...!
Traverser le désordre passager des pensées, se retourner, le flair en action et l'oeil qui voit, saisir les bons éléments, les extraire du désordre. Continuer à avancer.
Tout autour de cette cabane cabine embobinée en banane-feuilles et badiane-tiges se dessine un village, il flotte au dessus du sol : par un jeu de passerelles, un réseau de plateformes avec cabanes cabines s'est organisé... Certaines plutôt cabanes, d'autres plutôt cabines, avec des traces de rêve ici et là, et partout des signes du réel: ici on vit, on circule, on babille, on cultive... C'est vert, ça sent bon, elle s'est autoproclamée en italien tiens, elle est la citta ideale aperta! Bravo! Brava! s'exclame-t-on.
La ballade imaginaire s'estompe alors, dans un dernier "crrriiich", bruit de croustille en croquant le dernier morceau de cette tranche de ville grillée à souhait, ce vrai goût du régal produit par le cheminement.
Du rêve d'un peu plus
Chacun le sait, c'est du rêve d'un peu plus, de l'idéal haut perché, que découle le fil conducteur, ou plus précisément, que se forment des fils tenseurs, qui croisent leurs directions et forment ainsi ce qui semble paramétrer le nouveau siècle tout entier, la forme qui modélise tous nos fonctionnements : une toile.
A la lumière des beautés de la vie, en matière d'habitat, je tiens donc en tête, ma tête, des fils tenseurs, semblables à des priorités, des principes, selon qu'il faille les nommer. Tous relèvent du bien-être; et leur fonction, d'évidence, résolument du coeur.
(ndlr : La beauté est fonctionnelle, ie, l'est-elle?)
On y voit l'essentiel
des meubles à roulettes - roulettes américaines (en hommage à la guerre froide révolue)
des meubles modules qui doublent les emplois sans que cela ne se voie (en hommage aux Assedic)
des rangements qu'j'appelle Rungis, en roulant les r, passequi sont comme des caisses où logent les bonnes choses, c'qu'on-aime-pour-de-bon-parmi-toutes-les-âneries-qu'on-produit
des meubles étonnants, simples, qui par un détail passeront de la chambre à la cuisine ou à la cave et feront tous les déménagements, prêts à charger
pour la cuisine, cette pièce où l'on bouge, de jolis vrais meubles, et non des agencements agencés par des agenceurs-censeurs-régisseurs-en-pots-d'épices-sur-coulisses (et je n'ai rien contre les coulisses, bien au contraire)
des asymétries
des ovales et des losanges, grandes oubliées! J'en féminise ici sciemment le genre, je milite et les réhabilite!
des cintres pleins. No comment! or just go and walk around in Cairo!
des boiseries d'intérieur. juste ce qu'il faut, point trop n'en faut. selon le lieu
des détails, cuir, terre cuite, pour veiller à la place de Dieu because, as my master says, "God lays in details"
des baies qui se la ferment! En effet pourquoi l'ouvrir si ce n'est pas nécessaire? et également belles, enfin! bien habillées quoi, avec petits bois! car enfin de belles baies, et qui ne l'ouvrent pas nécessairement, hein, c'est pas volé à notre époque - vous avez vu la tronche des fenêtres?!?!
des volets intérieurs ..rieurs et doux, tout doux
de serres de jardins, de tâââille raisonnâââble, qui participent à la révolution verte, VER-TE
des bains de campagne - tt en bois faut-il le répéter, pour faire trempette dehors, lire dans l'eau (récupérée, récupérable), un livre ou les étoiles, ... oui avec effet fontaine à l'e. solaire pour les jusqu'au-boutistes.
Dans l'air du temps
Avec tout cela je semblais dans l'air du temps, je semblais continuer à jouir de cette harmonie, entre le monde et nous, et le cours béni de ma vie m'amenait vers celles et ceux en mesure d'intervenir sur leur habitat. Inégal, le courant mais du bien-être à la portée de tous....
Mais compte tenu des circonstances, en cet été 2013, elle devra retenir ça en tête pendant un an ou deux avant de pouvoir s'y mettre. Un an ou deux, c'est le temps à prendre pour permettre à son bras et son épaule de revivre, son épaule maltraitée, abîmée jusqu'à son coeur par une surexposition à la connerie, surexposition inconsidérée, dont elle aurait dû s'extirper.
Une épaule et toutes ses connections, à cajoler, écouter attentivement lorsque qu'il s'agira de se conditionner pour la possibilité de revenir à l'atelier, revenir aux machines.
Dans cette perspective, j'émets le voeux de retrouver une vie plus douce, de redécouvrir bientôt mon bras, nouveau, j'espère tonique souple et fort, et ainsi mon corps entier et intègre, en ce qu'il lui revient d'être ( et d'avoir toujours été) mon meilleur allié.
NB: aujourd'hui en janvier 2019, soit 6 ans après avoir écrit ce texte qui précède je me dois de noter ici, en ce lieu, que la rémission totale de mon épaule a pris un peu plus de 5 années (2012-2017).