20km nord-nord ouest de Limoges
Après avoir visité une tannerie, il faut prendre un moment et regarder de nouveau l'animal concerné. De très près. J'ai donc pris ce moment, j'ai écouté son souffle, sa
rumination, tenu son regard, et senti tout ce que je pouvais sentir.
Impossible d'ignorer le fil barbelé. On n'est pas là sur une estive, en
Maurienne ou en vallée d'Ossau! Toutefois, de ces prés limousins découpés au sécateur, l'herbe, à n'en point douter,
regorgeait d'arômes. Les vaches broutaient sans cesser d'avancer, pas à pas, et elles aussi sont venues me
sentir de plus près. Nous approcher au point de désigner le barbelé, ce fil acéré nous séparant, coupant cours à notre rencontre sur l'herbe.
Parole
de tanneur, contre le barbelé, l'animal se blesse! Le barbelé abîme
la peau de l'animal toute sa vie durant. L'éleveur cède à l'usage du barbelé parce
que rien ne l'encourage aux autres types de clôtures - ou de pratiques! En effet, la peau de
l'animal fait partie du cinquième quartier, celui qui, aux abattoirs, n'est pas payé, n'est que déchet, au même titre que les cornes et ongles, les viscères et autres abats. Elles sont pourtant ensuite vendues, les peaux des bêtes abattues pour leur viande. Et le prix grimpe en flèche sur le grand marché des choses de nous-autres humains.
Ainsi va un système.. Un éleveur, qui ne perçoit "on-ne-sait-quoi"
pour la peau futur-cuir que "produisent" ses bêtes malgré elles, ne se préoccupe guère que ses bêtes abîment ou pas leur peau toute leur vie
durant contre des fils barbelés. Le système, lui, barbelle les éleveurs hors des bénéfices de la peausserie.
La morale (leuhhh) de l'histoire
Manufacturons avec soin; privilégions les tissages (végétal ou animal), qui ne coutent pas la vie à l'animal; affichons notre connaissance des qualités du tannage végétal; convenons du bon usage de notre invention, le cuir; chaussons-nous plus attentivement; questionnons-nous sur son emploi et nos choix selon les produits.


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