

L'orme a quasiment disparu de nos listes de débit.. Et pour cause : l'espèce a été dévastée au cours du siècle (le 20ème) en Europe et en Amérique, par deux épidémies successives de graphiose de l'orme. Cette maladie est induite par un champignon microscopique du genre Ophiostoma. Propagée d’arbre en arbre par de minuscules coléoptères ou via les racines. La première épidémie apparait
dans les années 1920 au nord de l’Europe. Elle atteint l’Amérique du
Nord dix ans plus tard, via le commerce transatlantique de bois
contaminés. Les Pays Bas ont tenté très tôt d’améliorer la résistance
des ormes champêtres. La seconde épidémie beaucoup plus destructrice
débute vers 1960. Elle est causée par une nouvelle espèce du champignon (O. novo-ulmi) beaucoup plus virulente. Tous les ormes européens et américains y sont sensibles ainsi que les premières sélections
hollandaises. Les 27 000 ormes de la Ville de Paris disparaissent entre
1970 et 1977. Sur le territoire français, la perte est supérieure à 70 %
entre 1975 et 1987.
Aussi l'orme dont nous pouvons encore disposer dans nos piles de plots sciés autour des ateliers ou au fond des parcs des scieurs, est-il précieux! On souhaite plus que jamais valoriser tout ce qui peut encore l'être!
Ici les plateaux (en 50mm d'épaisseur) étaient très piqués et surtout marqués par les attaques de champignons qui altèrent la couleur du bois, et parfois sa structure.. Avant de les dégauchir, je me demande bien ce que je vais pouvoir en tirer! Mais l'orme étonne et, après le débit et le rabotage, tombé à 35mm d'épaisseur (pas une fierté en soi!), j'ai éliminé les parties trop affaiblies. Restent quelques zones où le bois a un aspect jaune-beige-grisâtre qui contraste avec les belles nuances chaudes des parties saines. Le travail de teinte permettra d'amoindrir ces contrastes et au final les tâches seront très discrètes, c'est à dire qu'il faut les désigner à un oeil non averti (cas de mes clients).
Nous obtenons 12 mètres linéaires de bibliothèque, en pose dite flottante - aucune fixation n'est visible. Des tiges filetées sont insérées dans des perçages dans l'épaisseur du bois (et sur 18 cm, dans la largeur) et scellées dans le mur en briques creuses.
Le long de la cheminée, le bois vient suivre, au plus près, la courbe de son parement conique, et la pente du cône. Ah les petits plus du sur mesure !
Lors de la conception, mes clients avaient choisi les détails parmi des échantillons spécialement réalisés : le quart de rond et les alèses donnent beaucoup d'expression au grain de l'orme, et nous rappellent à cette belle collaboration. Heureux propriétaires de cette maison toulousaine, clients investis et créatifs, engagés et fidèles, je vous salue!